06 octobre 2005

On pourrait naïvement s’attendre à ce que nos gouvernants soient les premiers à alerter la population sur les risques que présente la bulle immobilière actuelle dans l’intérêt des primo accédants, en particulier, et  des emprunteurs, en général.

On pourrait même se mettre à rêver que l’objectif de nos politiques soit en premier lieu l’amélioration de la condition économique de ses électeurs en prenant pour cela les mesures adéquates pour encadrer toute velléité de spéculation sur le marché immobilier et libérer par la même occasion, à moyen et long terme, un pouvoir d’achat supplémentaire (qui ne reposerait plus uniquement sur l’accumulation de dettes).

Malheureusement, le temps politique diffère sensiblement du temps économique…

En effet, la flambée immobilière est aujourd’hui devenu le seul moteur de notre croissance (estimée à mois de 2% pour 2005 !) et on estime, aujourd’hui, à plus d’un tiers la part des transactions immobilières dans cette faible hausse de notre PIB. 

La bulle immobilière présente, pour tout Etat connaissant une morosité économique, de multiples avantages :

-         elle crée des emplois (construction, travaux d’aménagement, intermédiaires multiples etc). Aux Etats-Unis, 40% des créations d’emploi sont désormais liées à l’immobilier et il est fort probable que la proportion soit identique en France (cf les dernières statistiques de l’INSEE qui soulignent la rare hausse des créations d’emploi dans le secteur du bâtiment) ;

-         Elle permet des rentrées fiscales conséquentes (droits de mutation, TVA sur les constructions neuves) ;

-         Mais surtout, elle alimente et entretien la consommation des ménages et ce, grâce à «l’effet de richesse» perçu par ces derniers. Ce phénomène est bien connu des économistes et est beaucoup plus important lors de bulles immobilières que lors de bulles boursières. La hausse des prix donne l’impression aux propriétaires d’être devenus (virtuellement) plus riches et se mettent alors à consommer davantage. Cet effet de richesse est d’autant plus important dans les pays anglo-saxons qui pratique les prêts hypothécaires (pour une illustration de l’utilisation de « l’effet de richesse » par les banques centrales : http://lemagchallenges.nouvelobs.com/articles/p242/a263949.html ). Lire aussi : http://www.banquepopulaire.fr/actualite/economie/eco050929.htm .

Ainsi, prendre des mesures afin de limiter la spéculation immobilière reviendrait pour un gouvernement à se priver, sur le court terme, d’une part importante de croissance, certes artificielle et stérile, mais politiquement bien utile…

A ces réalités économiques, s’ajoutent des considérations plus bassement politiques.

En effet, encourager et faciliter l’accession à la propriété, c’est répondre à l’aspiration naturelle de la très grande majorité de la population et accroître ainsi à bon compte sa popularité.

Pour un gouvernement de droite, c’est accessoirement un moyen d’augmenter son électorat : les propriétaires votant statistiquement plus à droite que les locataires.

Ainsi, on peut citer depuis 1996 une multitude de mesures gouvernementales prises en faveur de l’accession à la propriété :

-         baisse des droits de mutation à partir de 1996 ;

-         En 2003, vote de l’avantage fiscal en faveur de l’investissement locatifs dite loi De Robien (s’ajoutant à une multitudes d’autres avantages fiscaux préexistants, Loi Mesrine etc) ;

-         en 2004, extension du PTZ (Prêt à Taux Zéro) à l’acquisition dans l’ancien ;

-         baisse des droits sur les donations intergénérationnelles et augmentation des sommes pouvant être données sans droit (donations « Sarkozy »),

-         baisse des impôts sur les plus-values immobilières.

Habituellement, des mesures fiscales sont prises afin de soutenir un secteur en crise. Or, on peut constater que les mesures fiscales les plus coûteuses pour les finances publiques ont toutes été prises alors que le marché immobilier était déjà en pleine surchauffe !

Pourquoi donc inciter financièrement le bon peuple à accéder à la propriété en période de bulle alors qu’il le fait déjà naturellement, voire instinctivement (avec le raisonnement libéral de base suivant : « les prix montent donc j’achète » !)?

Sous prétexte de résorber la pseudo « pénurie de logement », notre gouvernement a encouragé fiscalement la construction de logements privés à des fins locatives (loi De Robien) alors même que le secteur de la construction tournait déjà à plein régime sous l’effet combiné de la hausse des loyers et des prix du mettre carré ;

Sous prétexte « d’aider » les ménages à suivre la hausse des prix, notre gouvernement n’a fait en définitive qu’alimenter la bulle immobilière. En ajoutant, par des mesures fiscales ou aides financières diverses, encore plus de liquidités sur un marché qui était pourtant déjà en phase d’overdose, il a joyeusement jeté de l’huile sur le feu.

Aujourd’hui, le gouvernement n’a plus d’autres choix que la fuite en avant pour soutenir un marché immobilier à bout de souffle. Un retournement du marché immobilier avant les élections présidentielles de 2007 serait en effet synonyme de récession économique immédiate avec les conséquences électorales évidentes pour le gouvernement en place.

Au Royaume-Uni, le retournement du marché immobilier, qui a débuté en juillet 2004, a ainsi eu pour effet immédiat de scléroser la consommation des ménages et la croissance anglaise qui nous était pourtant jusqu’alors donnée en exemple. (cf : http://www.lexpansion.com/NLConj/3880.29.html ).

Désormais, il ne s’agit plus pour notre gouvernement de soutenir la croissance à bon compte en distribuant des avantages fiscaux à son électorat, mais simplement de tenter de maintenir, sous perfusion, les prix de l’immobilier jusqu’en 2007.

Les dernières réformes fiscales annoncées par Monsieur De Villepin vont clairement en ce sens :

-         donations intergénérationnelles sans droit de 50 000 euros tous les 6 ans (au lieu de tous les 10 ans auparavant)!

-         hausse des plafonds de revenus nécessaires pour bénéficier du PTZ (portés à 7000 euros par ménage), autant dire que bientôt tout le monde aura droit au PTZ !!;

Gageons qu’en 2006, notre bon gouvernement tirera ses dernières cartouches pour soutenir encore la hausse des prix : autorisation des prêts sur 50 ans, mis en place des prêts hypothécaires inversés, qui sont déjà tous deux dans les cartons. (Cf le détail du « plan de relance » concocté par notre gouvernement pour éviter l’explosion de la bulle immobilière : http://www.guideducredit.com/HTMdivers/infos/185.htm ).

Le plus grave, c’est que la relève de l’énarchie actuelle est déjà prête. Le moule à fabriquer des rapports coûteux qui ne servent strictement rien n’est pas prêt d’être cassé. Pour lire le rapport des élèves de l’ENA de la promo 2004-2006 consacré au logement : http://www.dossiersdunet.com/article638.html .

Un rapport de 53 pages de lapalissades, labellisé « 100% ENA »,  avec un beau plan, de belles phrases creuses et qui passe évidemment à coté de toutes les questions. Et dire qu’ils s’y sont mis à 10 élèves pour écrire cela,  ça fait peur !!! (pour connaître la méthode secrète de travail d’un bon énarque, essayez vous même le Pipotron : http://www.w3perl.com/fun/management/pipotron.html )

« La monarchie dégénère ordinairement dans le despotisme d'un seul ; l'aristocratie dans le despotisme de plusieurs ; la démocratie dans le despotisme du peuple »

Montesquieu

Pour aller plus loin :

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-646435@51-646528,0.html

Posté par Roosvelt à 16:47 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur On pourrait naïvement s’attendre à ce que nos

    oui.. mais là non

    Bravo pour cet excellement blog.

    c'est une mine d'information, et surtout, les explications sont très claires et tres didactique.. presque ludique. Un super boulot!

    Mais là, je ne suis pas d'accord avec la fin de cet article.. vraiment pas.

    Je n'aime pas trop les enarques d'une maniere générale, mais là, il faut reconnaitre que l'étude de l'ENA est un travail de qualité. Certes, elle n'est ni franchement baissiere ni franchement haussiere. Elle n'est pas parfaite, mais comporte de nombreuses informations et propose une ligne directrice plutot cohérente aux politiques pour améliorer la situation. De nombreux mécanismes sont décrits de manière intéressante. Bref, c'est du bon boulot.

    Rien à voir avec ce qu'on trouve sur ce site car les finalités et approches sont différentes, mais ce n'est pas une raison pour dénigrer de cette facon le travail de ces élèves.

    Posté par Gandalf-barbones, 07 octobre 2005 à 08:27 | | Répondre
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